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Compte rendu du dîner-débat organisé le 28 janvier 2010 à Alès par le Cabinet Jean-Jacques Teissedre
Eric Bengel - Rédacteur en Chef du magazine Gestion de Fortune : Que retenez-vous des marchés en 2009 ?
Louis Bert - Gérant de Fonds actions chez Dorval Finance : L'année 2009 n'a pas été simple, mais au final c'est un très bon cru pour toutes les places boursières. Malgré des marchés encore en baisse d'environ 25% à la mi-mars (après des baisses moyennes de plus de 40% en 2008), 2009 marque le rebond des indices boursiers (+22,3% pour le CAC 40). Le risque systémique bancaire définitivement écarté, des cours exagérément bas et une anticipation de la reprise de la croissance économique en 2010 ont permis aux indices actions de renouer avec une performance à deux chiffres. La politique monétaire très expansionniste, mise en œuvre par les banques fédérales mondiales afin d'assurer la liquidité du système financier, a été un soutien à l'économie. Aux baisses de taux sont venus s'ajouter d'autres mesures non conventionnelles servant à renflouer le secteur bancaire et à soulager la pression sur les ménages. Toutes ces mesures et d'autres (plans de relance, restockage dans les entreprises, dynamisme des pays émergents) ont eu un effet très positif sur l'économie et les marchés financiers.
E. B. : Comment expliquer le mauvais contexte économique et la bonne performance des marchés financiers ?
L. B. : La Bourse anticipe l'évolution de l'économie. Il y a souvent entre six et huit mois de décalage entre un sentiment de marché et sa traduction dans les chiffres. Courant 2009, la bourse a été rassurée sur la pérennité du système bancaire et elle a anticipé la reprise économique. Celle-ci est en cours, comme le confirme la hausse du PIB dans tous les pays de l'OCDE à compter du 3ème trimestre 2009. Pendant le même temps, comme on pouvait le craindre, 2009 a été une très mauvaise année pour les économies occidentales avec comme corollaire un fort accroissement du taux de chômage.
E. B. : Les marchés d'actions vous paraissent-ils chers ? Quelles sont vos anticipations pour les semaines à venir ?
L. B. : Autour de 3 800 points pour le CAC 40, on ne peut pas dire que les actions soient chères. Elles sont à peine à leur niveau de l'automne 2008. Pour l'économie (reprise de la croissance mondiale en cours) et les résultats des entreprises (accroissement des bénéfices), les tendances qui se sont dessinées dès le deuxième trimestre 2009 devraient se poursuivre en 2010. Ces paramètres sont favorables aux marchés. Cependant, nous restons dans l'attente de signaux d'un retour d'une vraie croissance non stimulée (reprise de la consommation domestique et redémarrage de l'économie mondiale). C'est elle qui permettra une hausse durable des marchés ou signifiera son essoufflement.
E. B. : Quelques économistes redoutent des tensions inflationnistes. Quel est votre avis ?
L. B. : A notre avis, à douze mois, l'inflation ne constitue pas un enjeu dans les pays développés. Le risque d'une inflation élevée et présentant de la persistance est réduit. Actuellement le taux d'inflation évolue en fonction du prix de l'énergie mais sans relais des autres composantes, notamment celles relatives aux tensions sur l'appareil productif. Nous vivons une phase de croissance réduite où le taux de chômage est élevé, avec une surcapacité industrielle importante et enfin une spirale prix/salaires qui n'est pas enclenchée. Seule l'abondance de la liquidité qui cherchent à s'investir pourrait créer une bulle sur les matières premières.
E. B. : Les soubresauts des derniers jours vous inquiètent-ils ?
L. B. : Deux déclarations expliquent, en grande partie, la baisse des quinze derniers jours. La Chine s'est dit prête à remonter ses taux courts pour éviter une surchauffe économique et le président Obama a indiqué sa volonté limiter la taille des banques afin de réduire leur poids dans le PIB. Ces deux décisions vont dans le bon sens, cependant, le marché a traduit cela comme un éventuel frein à la croissance mondiale et a acté que les banques gagneront certainement moins d'argent. Vu le poids de celles-ci dans les indices (30 %), le marché a baissé. De toute façon, nous pensions que l'année 2010 serait agitée, avec un marché en tôle ondulée (alternances de phases de hausse et de baisse). Ce n'est peut être que le début.
(A suivre dans nos prochaines éditions...) |